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DEONTOLOGIE

Le sujet de la déontologie d'un métier comme la voyance peut sembler paradoxal. Pourtant, la question mérite d'être posée, quand une Française sur cinq et un Français sur dix affirment avoir déjà consulté. Le chiffre d'affaires du secteur de la voyanceest estimé à près de 3 milliards d'euros, ce qui est loin d'être négligeable, et appelle à se poser des question sur l'éthique du métier de voyant. Tracer des lignes déontologiques, des limites éthiques est d'autant plus indispensable que nous sommes dans un domaine très peu rationnel, et donc difficilement vérifiable. Il n'existe aucun diplôme de voyant reconnu, aucune formation sérieuse, et rien ne vient donc vous confirmer que le professionnel que vous contactez se soumet à des règles ou à une charte particulière. N'importe qui peut prétendre avoir un don de voyance et exercer ensuite sans avoir à craindre quoi que ce soit, si ce n'est le mécontentement de sa clientèle s'il s'avère que ses prédictions sont manifestement fantaisistes. Mais il est alors trop tard. Puisque la voyance et les phénomènes paranormaux sont un domaine mal défini et non reconnu, comment définir les limites de ce qui est acceptable et de ce qui ne l'est pas ? Que dit la Loi ? Tout d'abord, il faut savoir que la voyance était tout simplement interdite par le code pénal jusqu'en... 1994 ! Toute divination de l'avenir, pronostic ou même interprétation des rêves était prohibée. Ce qui revenait à interdire, non seulement la voyance, mais aussi les sondages, la météorologie, la prospective scientifique ou économique, les conseils financiers et même la psychanalyse ! Actuellement, et depuis 1994, la Loi est quasi-muette sur le sujet, ce qui ne règle pas davantage la question. Bien sûr, la voyance reste soumise aux même lois que toutes les pratiques commerciales ou de services, et les travaux occultes, par exemple, dans lesquels un professionnel promet, par des moyens magiques, d'agir sur les événements, tombe sous le coup de la définition pénale de l'escroquerie. L'article 313-1 du code pénal définit l'escroquerie comme « l'usage d'un faux nom ou d'une fausse qualité, l'abus d'une qualité vraie ou des manoeuvres frauduleuses pour tromper une personne physiquement et moralement afin de la déterminer à remettre des fonds, à fournir un service ou à consentir un acte opérant obligation et décharge ». Elle est passible de 5 ans de prison et 390 000 euros d'amende. On pourrait aussi ajouter la menace ou le chantage (un individu vous dit que si vous ne faites pas appel à ses services, il vous arrivera malheur). L'extorsion de fonds est également possible, si l'on vous contraint à verser des sommes sous la menace ou l'intimidation. Il ne faut pas se voiler la face : de tels agissements existent. Ils sont souvent le fait de personnes peu recommandables pratiquant ce que l'on appelle les « travaux occultes ». En bref, toute affirmation que l'on va modifier le cours des événements (et pas seulement les prévoir) par un moyen surnaturel doit vous alerter. Pour ces gens, la voyance n'est qu'un prétexte et un moyen de repérer des personnes faibles, crédules ou particulièrement désespérées. Ils les attirent ensuite progressivement dans un parcours qui n'a plus rien à voir avec la voyance, mais dans lequel on parle de magie, de talismans, d'envoûtement, voire de guérisons. Et là, généralement, les prix changent ! On vous promet de faire revenir l'être aimé, de favoriser votre réussite aux examens, voire de guérir le cancer d'un proche. Les cartes distribuées par les Marabouts et les Mages sont un exemple parfait de ces pratiques illégales, mais ils ne sont malheureusement pas les seuls. La première limite doit donc être, comme le dit la Loi, de refuser tout ce qui ressemble, de près ou de loin, à influencer le cours des événements. En bref : la magie. Tout ce qui évoque l'envoûtement, la « protection », la « chance », etc. doit inciter à la prudence. Comment reconnaître un bon voyant ? Mais il reste, si l'on exclut les escrocs décrits précédemment, quelques personnes qui pratiquent la voyance sans avoir le moindre don. Comment savoir ? Nous nous avancerons à dire que, puisque le phénomène de la voyance est inexpliqué à ce jour, il n'est pas possible de faire scientifiquement le tri entre les « bons » et les « mauvais » voyants, par exemple grâce à des analyses en laboratoire ! Nous avons posé la question au Directeur d'un cabinet de voyance réputé pour sa déontologie et son respect des clients, et voici sa réponse : « Il n'existe pas vraiment de tests techniques pour vérifier les compétences d'un voyant, à part s'assurer qu'il sait dresser une carte astrale pour un astrologue ou tirer les tarots pour un tarologue... Personnellement, mon test principal est celui de la sincérité. Je ne tolère jamais qu'un voyant ne croie pas lui-même à la voyance. Les voyants sont toujours passionnés, et avides de prédictions venant de leurs collègues. Tout voyant qui montrerait une trop grande distance face au phénomène de la voyance ne sera, selon moi, pas sincère avec ses clients. Pour moi, la vraie limite est là. » Mais si le cabinet de voyance, lui, sait ce que valent ses voyants, il n'en est pas de même pour le client ! Le seul moyen, alors, est le bouche-à-oreille et votre propre jugement. Une première consultation chez un voyant qu'on vous a conseillé peut vous permettre de vous assurer de la sincérité du professionnel en question. Vous verrez vite si son objectif est de vous emmener sur des sentiers dangereux, ou s'il pratique la prévision, sans aller plus loin, et dans le respect des personnes qui le consultent. Les voyants peuvent-ils guérir ? Dernier point, important et qui concerne les questions de santé. Un voyant n'est pas médecin, et tout conseil concernant votre santé ne doit être donné que par un médecin, sous peine de tomber dans l'exercice illégal de la médecine. Il est rare qu'un voyant s'aventure sur ce terrain, mais il est bon que les clients eux-mêmes fassent la part des choses et ne s'adressent à leur voyant que pour savoir QUAND ils iront mieux, mais surtout pas pour savoir COMMENT ! Un institut qui vous informe et vous protège : l'INAD Enfin, sachez que depuis de nombreuses années, l'INAD « Institut National des Arts Divinatoires » travaille à moraliser cette profession. Son directeur, Youcef SISSAOUI, estimé et respecté par les professionnels, mène la vie dure aux Marabouts et magiciens divers, voire même aux voyants indélicats. Il les poursuit régulièrement en justice, obtenant ainsi fréquemment gain de cause. Les efforts de l'INAD vont dans le sens d'une reconnaissance de la profession de voyant, avec la délivrance possible d'une carte professionnelle officielle. Cette reconnaissance, avec le risque de perdre l'accréditation, deviendrait une condition pour exercer et ferait peser sur les professionnels une pression déontologique de nature à moraliser en profondeur le secteur. Aujourd'hui, l'INAD jour le rôle d' « association de consommateurs » de la voyance, protégeant les clients du secteur des pratiques peu recommandables de certains personnages. |